Picasso, le peintre abandonné

Histoire de l'art

Dominique Fernandez, de l’Académie française, écrivain

Picasso ? Le minotaure génial, séducteur, ombrageux, aux révoltes successives, épuisant ses conquêtes. Et puis, à soixante-douze ans, voici le grand peintre quitté par Françoise, qui lui écrit  cruellement : «  Il est temps que je vive pour moi-même. À ton âge, je n’ai plus d’autre rôle à jouer que celui de maman ou d’infirmière, et je n’ai pas ce tempérament ».

Le grand homme terrassé se réfugie à Perpignan chez ses amis Paul et Aimée, à l’abri dans cette grande demeure où on le choit, l’observe, le redoute. C’est ainsi que Dominique Fernandez, un habitué de cette ville, nous conte un épisode méconnu de la vie du peintre. Des semaines d’abandon, sans pinceaux, sans toile, sans allant. Des nuits et des jours où l’on suit l’artiste démuni, affaibli, n’ayant pour patrimoine qu’un énigmatique coffre de bois. Des semaines à attendre l’éveil. Et un jour, le peintre demande des couleurs, du noir, du bleu !, et se met au travail. Aujourd’hui, il se trouve au  musée national Picasso à Paris un tableau sombre et inouï, le fruit de ce séjour dans les limbes, dont le grand homme ne cesse pas de revenir.

 

 

Légende visuel : L’Ombre. Pablo Picasso. Musée national Picasso. Paris, 29 décembre 1953.